Rencontre avec le sergent Yoann, chef de groupe sur l’opération Sentinelle

C’est sur la foire de Beaucroissant en Isère, le 13 septembre dernier, que nous avons rencontré le sergent Yoann chef de groupe, déployé sur le site pour sécuriser l’événement en appui des forces de sécurité intérieure.

Opérant sur le terrain avec une dizaine de soldats dont il a la responsabilité, ce jeune sous-officier de 27 ans sert au 27e bataillon de chasseurs alpins (27e BCA) d’Annecy. Engagé dans l’armée depuis près de 8 ans, il n’en est pas à sa première mission Sentinelle et possède déjà une solide expérience opérationnelle. Il nous raconte les multiples facettes de son métier et son parcours.

Parlez-nous de votre mission ici sur la Foire de Beaucroissant ?

 « A Beaucroissant, 95% des patrouilles se font en véhicule. »

Les patrouilles Sentinelle ont beaucoup évolué ces dernières années et notre mission ici en est un exemple frappant. Nous sommes beaucoup plus mobiles ! Ici, par exemple, nous patrouillons principalement en véhicule ou à pieds en faisant effort sur des points particuliers de forte affluence. Sur la foire, le dispositif est particulier. Il y a un plan de circulation complexe et de nombreux blocs de béton ont également été installés pour bloquer les accès. Il était indispensable de réaliser une étude approfondie du terrain ainsi qu’une reconnaissance de la zone avant l’événement pour ne pas nous laisser surprendre et pour pouvoir réagir rapidement si besoin.

« Ne pas se laisser distraire »

Sur Sentinelle on n’appréhende pas la menace de la même manière qu’au Sahel. Comme je dis à mes soldats, le maître-mot est de ne pas se laisser distraire par l’environnement qui nous semble à priori normal. Je fais des rappels régulièrement pour maintenir le groupe en alerte.

« Ma priorité, c’est le bon contact avec la population »

J’exige de mes hommes qu’ils soient exemplaires. Je veux que mon groupe renvoie la meilleure image possible vis-à-vis de la population !

Il ne faut pas hésiter à échanger avec les gens pour leur expliquer notre rôle, notre action. Le jour de la rentrée scolaire, nous devions sécuriser les abords d’une école. Les parents étaient un peu inquiets de voir des militaires. Notre rôle était aussi de les rassurer et de leur expliquer le but de notre présence.

C’est l’une de vos premières missions en tant que sous-officier. C’est quoi pour vous aujourd’hui commander ?

Je réalise là mes premières missions en tant que chef de groupe donc je découvre un nouveau métier ! Je suis encore en phase d’appropriation des responsabilités. Je ne vois pas le temps passer ! J’ai beaucoup gagné en autonomie. Désormais, je peux apporter ma propre touche. C’est très intéressant !

« Pour moi, il est important de responsabiliser mes hommes »

Je découvre des choses que je ne réalisais pas lorsque j’étais militaire du rang.

Aussi, je m’efforce de prendre le temps de bien expliquer les consignes. Ici, par exemple, je fais en sorte que mon pilote comprenne le terrain sur lequel il évolue, qu’il connaisse la carte et les points sensibles. Quand je communique avec mes chefs à la radio, je ne peux pas regarder l’itinéraire en même temps. Mon pilote doit être à l’aise pour être en mesure de prendre des initiatives.

« Établir une relation de confiance »

L’éloignement avec les familles est parfois plus difficile à gérer sur Sentinelle qu’en OPEX. Nous sommes en opération mais en France. Lors de nos déploiements, nous essayons d’aménager des quartiers libres dans la mesure du possible. Nous faisons le nécessaire pour concilier au mieux les impératifs de la mission à l’équilibre de mes soldats. Une relation de confiance s’est établie avec eux.

Parlez-nous de votre parcours de militaire et de chasseur alpin

« J’ai eu la chance d’intégrer la section tireurs d’élite du 27eBCA »

L’armée, ça m’a toujours attiré. Dès mon engagement en 2012, j’ai voulu devenir tireur de précision. A la fin de mes classes, j’ai réussi les tests, puis j’ai suivi une formation d’adaptation de plusieurs mois. Mes chefs ont décelé mon potentiel dans ce domaine. Du coup, j’ai eu la chance d’intégrer la section tireurs d’élite du 27e BCA dès 2014. J’ai donc été tireur puis « spotteur » (en charge d’évaluer le vent, la distance, la température et les corrections de tirs). J’ai d’ailleurs été projeté au Mali dans cette fonction en 2016.

« La formation montagne est très utile pour la vie de soldat »

J’ai voulu évoluer dans l’institution dans l’optique de faire carrière. Mon métier me plaisait et j’avais envie de prendre davantage de responsabilités. Le grade de caporal-chef ne devait pas être mon dernier galon.

J’ai suivi ma formation de sous-officier à l’école militaire de haute montagne (EMHM) à Chamonix. En tant que breton, je devais rattraper mon retard montagnard ! La formation montagne est très utile pour la vie de soldat. C’est une vie dure et rustique ! Elle développe beaucoup notre condition physique et apprend la manière de faire un sac. Elle renforce aussi la cohésion, car en montagne on doit aller au rythme de celui qui est le moins en forme. C’est l’esprit de cordée.